le Progrès du mercredi 16 septembre 2015
EDUCATION - Une vaste enquête sur les pratiques des enseignants. Apprentissage de la lecture et de l'écriture : 131 classes de CP à la loupe. Certains apprennent plus tôt, plus facilement à lire que d'autres. Pourquoi et comment ? Pour la première fois, un travail de recherche de grande ampleur s'intéresse à ce qui se passe dans les classes.
Selon le seuil d'exigence, entre 10 % et 30 % des élèves ne maîtrisent pas les compétences attendues à la fin de la maternelle.
Avant le CP, déjà des insuffisances
Même si la plupart des élèves connaissent les lettres de l'alphabet, ils n'ont pas forcément compris le principe de l'écriture alphabétique : 45 % ne cherchent toujours pas à transcrire les sons du langage. En ce qui concerne la compréhension de langue, 30 % des élèves savent répondre à moins de 5 questions sur 15 après avoir entendu trois histoires.
Les inégalités pas compensées
Les performances des élèves sont très contrastées à l'entrée et à la fin du CP, note l'étude. Globalement, au cours préparatoire, seulement une vingtaine de classes sur plus de 130 parvient à jouer un rôle compensatoire pour les élèves les plus faibles. A la sortie, un grand nombre d'élève n'atteint pas le niveau requis, ce qui influe très fortement sur la suite de leurs études.
La méthode syllabique plutôt que la globale
En moyenne, dans les classes, les activités consistant à transcrire les sons en lettre (encodage) et les lettres en sons (décodage) occupent près de trois heures, contre 11 minutes pour la reconnaissance de mots entiers. L'étude confirme l'importance du tempo pour ce travail sur le code : étudier trop peu de correspondances graphèmes-phomènes dès le début de l'année pénalise les élèves, surtout les plus faibles.
La compréhension trop délaissée
Au final, il s'agit de savoir lire de manière autonome. Les chercheurs veulent savoir ce qui compte pour y arriver. Si la qualité du décodage est importante, la compréhension des textes est une variable considérable. Or, selon l'étude, les tâches orales consacrées à la compréhension des textes écrits ne dépassent pas 40 minutes par semaine.
A dix ans, selon des enquêtes internationales, les petits Français pèchent sur cette capacité de compréhension. "Nos résultats permettent de penser que cette faiblesse n'est pas combattue au CP", indique l'étude. Celle-ci relève un effet positif lorsque l'enseignant consacre du temps à l'étude de vocabulaire, à la fréquentation des albums jeunesse, et à expliquer les choses durant les tâches d'écriture.
Temps et manuels, pas déterminants
Les chercheurs remarquent des écarts importants en ce qui concerne le temps consacré à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Si la moyenne se situe autour de 7 heures, une vingtaine d'enseignants consacre moins de 6 heures et une vingtaine plus de 9 heures. Ceci n'a pas d'influence sur les élèves moyens et forts. Les élèves les plus faibles pâtissent en revanche de trop faibles durées, notamment pour l'encodage et l'écriture. Sur ce deuxième point, les chercheurs préconisent au moins 15 minutes de dictée par semaine. Enfin, le type de manuel scolaire, ou son absence, n'a pas d'impact. Muriel Florin
A découvrir aussi
- la tribune du lundi 22 décembre 2014
- la tribune du jeudi 22 janvier 2015
- le progrès du dimanche 21 juin 2015
Inscrivez-vous au blog
Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour
Rejoignez les 59 autres membres